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Introduction Scènes & Variations

Un OVNI à Plémy

Rédigé par Chrystèle

Représentation au festival MilasonsMardi 28 novembre – Plémy – petite route paumée – nuit noire – pluie. Se trouver là ne tient pas du hasard, il fallait connaître l’information et être en possession du droit d’entrée. Alors et seulement alors, elle pouvait avoir lieu : la rencontre du 3ᵉ type !

Forcément, quand on vous dit “quintette à vent”, il y a déjà une imagerie collective qui s’impose : un format, une sonorité, un répertoire, un céré­monial … bref, tout un catéchisme ! Mais quand on vous parle du Concert Impromptu, vous pouvez balayer tout ça et laisser libre-court à votre imagination, tout est permis.

Sur scène ...

De passage sur le territoire costarmoricain, l’ensemble est venu présenter Mes Trucs Préférés, Cross Opéra de son cru. Chacun connaît la question “ qu’emporteriez-vous sur une île déserte ? ”. Pardi, Mes Trucs Préférés ! Voilà un peu le concept de la proposition, une association de compo­sitions musicales, d’improvisations et de textes sans rapport les uns avec les autres si ce n’est qu’on ne s’imagine pas vivre sans les avoir à portée de main, d’oreille … à portée du cœur. Le voyage est présenté comme un flirt poétique et en effet, c’est à une indéfinissable promenade dans l’ailleurs à laquelle on est convié, un lâcher prise pour autre chose, un artefact né d’une liberté encouragée.

A la fin de la prestation, ces artistes ont l’habitude de laisser un temps ouvert à la discussion avec le public. Quelques questions s’échangent alors, pourquoi, comment … et vient cette réponse si simple mais si vraie en même temps “Jouer en étant vraiment bien”. Le Concert Impromptu invite à faire corps autrement avec son instrument. Associer le mouvement au jeu instrumental n’est pas un vain mot, un concept cérébralisé, mais bel et bien un vécu physique qui impose aussi sa loi à la musique qui se crée.
Par exemple, la tension d’un rythme lent induit une gestion du souffle et de l’équilibre beaucoup plus habitée que si l’on se tient juste debout, à fortiori assis face au pupitre. Jouer face ou dos au public, à terre ou en rond, devant ou derrière, et voilà la matière sonore qui s’invente, bouge, respire, se malaxe comme une pâte à modeler, déployant bien d’autres couleurs acoustiques. Le traitement de cette mise en espace du son anime les œuvres interprétées d’une toute autre dimension, comme un effet 3D dans les oreilles.

Nous dirons aussi que la version entendue ce mardi sous la pluie de Plémy fut tenue par un hautbois admirable, véritable pilier du voyage. Violaine Dufès fait sienne la théorie du mouvement, tout son jeu est investi et incarné. Même la légèreté, même la plus petite bribe de phrase a droit à toute son attention de corps. Et pourtant, son rôle demandait une grande endurance où la moindre pause pouvait être la bienvenue. Ah mais non, c’est vrai que quand elle ne jouait pas, elle dansait ! Si à cela on ajoute la représentation scolaire de l’après-midi, Violaine Dufès tient de la marathonienne. En fait, c’est une danseuse et cela se voit dans toute la fluidité qu’elle apporte au mouvement.
Et oui messieurs, bouger ne suffit pas, il faut aussi danser ! C’est peut-être là mon petit bémol. Quitte à parler mouvement, veillez à libérer toutes vos articulations, en particulier celle du bassin, c’est-à-dire celle qui permet la connexion entre le haut et le bas du corps, celle qui relie la pointe des cheveux à la plante des pieds. Il manque ici un je-ne-sais-quoi de déverrouillage qui fera basculer (c’est le cas de le dire !) votre corps mouvant en corps dansant. Trois fois rien, me direz-vous, et pourtant : la moindre parcelle qui ne soit pas dans la liberté absolue de circulation de l’énergie du mouvement se voit depuis la salle. Bien sûr, on n’est pas tous souples de la même façon, mais dans ce concept, le mot essentiel est bel et bien souple.

... Une musique vivante

Nous avions déjà rencontré le Concert Impromptu dans son programme Musiques de Papier et force est de constater que nous sommes incondi­tionnels du parti pris créatif de cet ensemble. Il est des concerts où l’on entend à la sortie ce compliment “ ça joue bien ! “. C’est bien là le minimum qu’on soit en droit d’attendre de la part de musiciens. Encore heureux que ça joue bien, c’est leur job premier, la condition sine qua non de leur présence sur scène. Ce que trahit ce commentaire, c’est peut-être l’absence d’autre chose. Voilà bien tout ce que nous apprécions dans la démarche du Concert Impromptu : si la musique est traitée comme une reine avec tous les égards dus à son rang, elle n’est pas le but du moment mais le moyen d’aller ailleurs, de dire plus loin, se donnant la réelle chance d’une réinterprétation permanente.
Quand on parle de musique classique (ne peut-on décidément l’appeler autrement ?), cela évoque princi­palement des compositeurs déjà morts, presque morts, très très morts. Permettre à cette musique l’espace d’un autre sens, d’une autre finalité, d’un autre projet, n’est-ce pas lui redonner toute sa place de musique vivante ? De cette manière, elle reste contemporaine, perdure dans l’actualité présente tout en ouvrant l’espace de demain où elle existera toujours mais différente, renouvelée, régénérée. Il est grand temps que les musiciens s’emparent de cet espace libre qu’est l’investissement scénique, du parti pris des décors et des lumières, de toute la dimension créative qu’il leur est possible d’imaginer. Encore faut-il qu’ils s’en sentent autorisés, encouragés …